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Aperçu du marché

Le nucléaire redéfinit l’investissement vert
L’évolution de l’énergie nucléaire dans l’investissement durable
octobre 2025
Felicia Daryonoputri

Associée, Investissements durables

Bref historique

La production d’énergie nucléaire a connu une expansion rapide entre les années 1970 et 1990, alors que les pays cherchaient des solutions de rechange aux combustibles fossiles dans un contexte de volatilité des prix du pétrole et de hausse de la demande énergétique. Toutefois, cette croissance s’est essoufflée au début des années 2000 à la suite de plusieurs incidents marquants, soit Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011), qui ont ébranlé la confiance du public et modifié les positions politiques à l’échelle mondiale. 

Pendant la quasi-totalité des deux dernières décennies, l’énergie nucléaire a été largement absente des portefeuilles préconisant la durabilité, de nombreux fonds ESG l’ayant volontairement exclue de leur univers de placement. Cette exclusion s’est également étendue aux marchés de l’endettement durable. Selon une analyse réalisée en 2023 portant sur les 30 grandes banques d’importance systémique mondiale, 57 % d’entre elles excluent explicitement l’énergie nucléaire de la taxonomie de leur cadre de financement vert ou durable, tandis que 40 % demeurent ambiguës quant à son inclusion.

Le vent tourne

Ces dernières années, le soutien à l’énergie nucléaire s’est accru. L’accélération des cibles de décarbonation, l’instabilité géopolitique accrue sur les marchés mondiaux de l’énergie et la croissance fulgurante de technologies énergivores, comme l’intelligence artificielle et les centres de données, ont mis en évidence la nécessité cruciale d’une source d’électricité de base fiable et à faibles émissions de carbone. 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) classe l’énergie nucléaire parmi les technologies à faibles émissions de carbone qui figurent dans ses divers scénarios visant à limiter le réchauffement planétaire à 1,5–2 °C au-dessus des niveaux préindustriels. 

Les décideurs politiques ont également adopté une tout autre attitude à l’égard de l’énergie nucléaire. Celle-ci bénéficie désormais d’un appui bipartite aux États-Unis, notamment avec l’adoption de l’ADVANCE Act of 2024, qui vise à accélérer l’approbation et le développement de réacteurs nucléaires de nouvelle génération. L’énergie nucléaire sort nettement gagnante du revirement de l’administration Trump en matière d’énergies renouvelables, celle-ci visant à quadrupler la capacité nucléaire des États-Unis d’ici 2050.  

À l’échelle mondiale, quelque 70 gigawatts de nouvelle capacité nucléaire sont actuellement en construction, et plus de 40 pays envisagent d’élargir le rôle du nucléaire dans leur système énergétique. Alors que l’intelligence artificielle gagne du terrain dans le monde entier, les grandes sociétés technologiques explorent des partenariats nucléaires visant des réacteurs modulaires de petite taille à énergie stable et à faible teneur en carbone pour alimenter leurs infrastructures informatiques en pleine expansion. La centrale nucléaire de Three Mile Island devrait reprendre ses activités en 2028 pour alimenter les centres de données d’intelligence artificielle de Microsoft, une approche également adoptée par d’autres géants technologiques, comme Google et Amazon, afin de répondre à leur demande énergétique en rapide croissance.

L’énergie nucléaire dans l’investissement durable

Les fonds durables nord-américains et européens éliminent de plus en plus les exclusions de longue date visant les placements dans le nucléaire. Ce virage s’explique par la reconnaissance croissante du rôle que joue l’énergie nucléaire dans la réalisation d’un double objectif : assurer la sécurité énergétique et atteindre la carboneutralité.

Les projections indiquent que les investissements dans l’énergie nucléaire demeurent stables dans le cadre des politiques actuelles, mais augmentent fortement si les pays respectent leurs engagements annoncés, et encore davantage dans un scénario de carboneutralité d’ici 2050.  Dans tous les cas, les dépenses culmineront dans les années 2030 avec la multiplication de nouveaux projets et la prolongation de la durée de vie des réacteurs, puis diminueront progressivement vers 2050, une fois la plupart des constructions achevées. Quel que soit le scénario qui se concrétisera, notre conviction demeure : le besoin d’énergie nucléaire comme source d’énergie évolutive et à faibles émissions de carbone est désormais compris et anticipé à l’échelle mondiale.

Notes : TM = taux de change du marché ; RMP = réacteur modulaire de petite taille ; STEPS = Scénario des politiques annoncées ; APS = Scénario des engagements déclarés ; NZE = Scénario zéro émission nette d’ici 2050. Source : AIE (2024), World Energy Outlook 2024.

En 2022, la taxonomie européenne a qualifié certaines activités nucléaires de « transitoires », sous réserve du respect de critères techniques stricts et de garanties en matière de gestion des déchets. La société finlandaise de production d’électricité Teollisuuden Voima Oyj a émis la première obligation verte européenne issue du secteur de l’énergie nucléaire, et enregistré une demande excédant plus de 3,5 fois l’offre pour ce placement de 500 millions d’euros. Cette opération constitue une étape importante pour le marché européen de l’endettement vert, combinant l’entrée en vigueur de la norme européenne des obligations vertes et l’inclusion de l’énergie nucléaire.

L’approche de RPIA à l’égard de la production d’énergie nucléaire

La stratégie du Fonds d’Obligations toutes sociétés RP (sans combustibles fossiles) adopte une approche d’exclusion ciblée au sein du secteur de l’énergie, en écartant la distribution de gaz naturel, l’exploration pétrolière et gazière, les sociétés pétrolières et gazières intégrées ainsi que les oléoducs et gazoducs, tout en retirant la sous-catégorie Production d’énergie de la liste des exclusions. 

Bien que cette sous-catégorie englobe un vaste éventail de producteurs d’électricité et d’énergie, les émetteurs ayant quelque lien que ce soit avec les combustibles fossiles demeurent exclus en vertu des autres critères du fonds. Les sociétés de production d’électricité sans revenus provenant du pétrole ou du gaz, notamment celles axées sur les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire, restent donc admissibles, conformément au mandat de la stratégie. 

Cet ajustement élargit le champ des possibilités afin d’inclure des émetteurs nucléaires de grande qualité, axés sur la production d’énergie fiable et à faibles émissions de carbone. Un exemple récent est BPC Generation Infrastructure Trust (BGIT), la société de portefeuille par laquelle OMERS détient sa participation dans Bruce Power. BGIT a récemment procédé à sa première émission d’obligations d’un montant de 1,5 milliard de dollars canadiens, destinée à soutenir les activités à long terme de l’exploitant nucléaire canadien. Nous considérons cette opération comme une occasion de placement intéressante et opportune, qui témoigne de la solide confiance des investisseurs envers les caractéristiques fondamentales attrayantes du secteur.

L’approche d’exclusion ciblée de la stratégie reconnaît le rôle essentiel que l’énergie nucléaire peut jouer dans la transition vers un avenir à faibles émissions de carbone.


 

Sources

1. U.S. Energy Information Administration, « Following the Fukushima nuclear accident, Japan shut down nearly all of its nuclear reactors », Today in Energy, mars 2023, https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=55559 (en anglais)  

2. Ritchie, Hannah, et coll., « Nuclear Energy », Our World in Data, consulté en septembre 2025, https://ourworldindata.org/nuclear-energy (en anglais)  

3. Morningstar, « Can Nuclear Power Fit in a Sustainable Portfolio? », Sustainable Investing, consulté en septembre 2025, https://www.morningstar.com/sustainable-investing/can-nuclear-power-fit-sustainable-portfolio (en anglais)  

4. Jenkins, Jesse D., A Critical Disconnect: Nuclear Energy in Climate Finance, Center on Global Energy Policy, Université Columbia, septembre 2023, https://www.energypolicy.columbia.edu/publications/a-critical-disconnect-relying-on-nuclear-energy-in-decarbonization-models-while-excluding-it-from-climate-finance-taxonomies/ (en anglais)   

5. Agence internationale de l’énergie, A New Era for Nuclear Energy Beckons, IEA Newsroom, juin 2023, https://www.iea.org/news/a-new-era-for-nuclear-energy-beckons-as-projects-policies-and-investments-increase (en anglais)  

6. U.S. Nuclear Regulatory Commission, About the ADVANCE Act, NRC.gov, 2023, https://www.nrc.gov/about-nrc/governing-laws/advance-act/about-advance-act.html (en anglais)  

7. U.S. Department of Energy, Key Takeaways from Executive Orders on Nuclear Energy, Energy.gov, 2017, https://www.energy.gov/ne/articles/9-key-takeaways-president-trumps-executive-orders-nuclear-energy (en anglais)  

8. BBC, Nuclear Energy: The Shifting Global Debate, BBC News, septembre 2025, https://www.bbc.com/news/articles/cx25v2d7zexo (en anglais)   

9. Marchés des capitaux RBC, Energy Security Is Reshaping Sustainable Investing, onglet Insights, juillet 2025, https://www.rbccm.com/en/story/story.page?dcr=templatedata/article/story/data/2025/07/energy-security-is-reshaping-sustainable-investing (en anglais)  

10. Service de recherche du Parlement européen, « Taxonomy and Nuclear Energy: The EU Debate », Briefing 698935, janvier 2022, https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2022/698935/EPRS_BRI(2022)698935_EN.pdf (en anglais)   

11. Bloomberg News, Finnish Nuclear Firm Tests EU Green Bond Standard, Bloomberg, 8 septembre 2025, https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-09-08/finnish-nuclear-firm-tests-eu-green-bond-gold-standard-with-sale (en anglais)  

12. Agence internationale de l’énergie, The Path to a New Era for Nuclear Energy, mai 2025, https://iea.blob.core.windows.net/assets/b6a6fc8c-c62e-411d-a15c-bf211ccc06f3/ThePathtoaNewEraforNuclearEnergy.pdf (en anglais) 

 

 


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